Inspirer confiance La plupart des grands managers affirme que l’une des clés de leur réussite est de montrer en toute circonstance une confiance en soi inaltérable. Avoir confiance en soi, donner confiance et faire confiance constituent à leurs yeux la trilogie du succès. Plus la compétition est forte et plus la confiance est un fédérateur efficace. Les hommes politiques comme les managers ont besoin d’hommes et de réseaux en qui ils ont confiance et qui leur font confiance. Un grand soldat français, résistant, et qui fut également Premier ministre, Pierre Messmer, ne dit pas autre chose dans une interview pour la télévision : « Lorsque vous avez quinze paires d’yeux tournées vers vous et qui attendent un ordre qui va leur sauver la vie ou les envoyer à leur perte, il vaut mieux parler clair et droit ! » La confiance en soi a quelque chose de magique, elle apparaît ou disparaît sans que l’on sache pourquoi. Que nos qualités personnelles soient reconnues et nous voilà habité d’une grande sécurité intérieure ! Mais que surgissent un dénigrement, une comparaison désobligeante, l’impression soudaine de déplaire alors… l’assurance se délite et le sol se dérobe. De plus, dans ce domaine, l’égalité n’existe pas : certains manifestent une assurance inaltérable ; d’autres en paraissent totalement démunis. Une collègue paraît à l’aise partout, sûre d’elle sans avoir à se forcer : on la juge aussitôt être le pur produit de sa bonne éducation. Un autre, qui méconnaît le code des convenances sociales, paraît fruste, malhabile et pour tout dire, sans intérêt ; il en vient à fuir le monde.
À la base de cette confiance, il y a l’estime en soi. Or, celle-ci est semble-t-il acquise trèstôt. La confiance en soi est en effet la certitude qu’on a les ressources nécessaires pour faire face à une situation difficile. Il s’agit d’une prédiction. Confiance vient du latin cum « avec » et fidem « foi ».C’est le pari que ce « soi » ne va pas vous lâcher au moment où l’on en a le plus besoin. Pari d’autant plus facile à tenir que l’accumulation d’expériences positives prouve qu’on a eu raison de se faire confiance. Ce sentiment de force intérieure s’éprouve comme un mouvement qui autorise l’interrogation et le doute mais préserve de l’angoisse qui paralyse. De plus, on éprouve une libération physique et mentale, lorsque sa pensée organise le chaos des idées et des sentiments contraires et adhère à une forme cohérente. Alors, peut-on développer pareille qualité ? Fort heureusement, la confiance en soi se renforce, la sienne comme celle de son équipe et dans ce cas, la confiance en soi est contagieuse !
Les caractéristiques de la confiance en soi
De façon pratique, on peut isoler cinq caractéristiques essentielles qui permettent de renforcer la confiance en soi en agissant sur chacune d’elles de façon appropriée.
Première caractéristique : la confiance en soi fluctue
La confiance en soi peut osciller entre des valeurs opposées sans jamais rester collée à l’une d’entre elles. Fluctuat nec mergitur ! C’est cette oscillation perpétuelle qui est facteur d’équilibre. Les autres, l’équipe, la hiérarchie, les clients sont favorablement impressionnés par l’impression de force qui se dégage d’un manager sûr de lui. En fait, ils ne perçoivent pas les oscillations du pendule, de la même façon qu’en avion, à 20 000 pieds, les vagues sur le littoral paraissent immobiles. Des épreuves fortes peuvent fragiliser et augmenter momentanément l’oscillation du pendule, mais l’expérience et l’entraînement permettent de reprendre rapidement la maîtrise du mouvement autour d’un périmètre de fidélitéà soi-même qui est un accord profond à un « projet » intérieur.
Deuxième caractéristique : la confiance en soi repose sur une prédiction et une validation
La confiance en soi repose sur une prédiction : celle d’être capable de mobiliser les ressources suffisantes pour faire face avec succès à un situation difficile. Cette prédiction, qui est aussi une décision, suppose un système d’évaluation en veille continue. Une équipe a d’autant plus confiance en son chef que celui-ci se pose en interlocuteur solide vis-à -vis d’elle-même et de sa propre hiérarchie. Un chef copain ne justifie pas son salaire, un chef lointain non plus, puisqu’il est absorbé par son propre chef. La confiance en soi s’expérimente toujours dans l’action et par conséquent, s’évalue et se valide. Les parcours initiatiques ont cet objectif : mettre le collaborateur en situation de façon à connaître toutes les facettes d’une filière ou d’un métier mais également se jauger dans l’action. Dans certaines entreprises, japonaises ou allemandes, les jeunes diplômés parcourent pendant plusieurs années les différentes activités de la firme de façon à engranger une foule de connaissances et d’expériences. Le retour d’expérience est un procédé désormais bien maîtrisé qui s’applique aux données techniques mais également aux pratiques managériales. La confiance en soi se manifeste par une adaptation rapide aux situations inédites et la création de nouvelles réponses. Oser innover manifeste à la fois de la confiance en soi en même temps qu’elle la renforce dans une boucle vertueuse.
Troisième caractéristique : la confiance en soi est indissociable de la prise de risque
La confiance en soi suppose de savoir prendre des risques. Or l’entreprise cherche à se prémunir en permanence contre les risques de toute sorte. Entre un candidat qui a le profil des responsables plus âgés –qualités qui ont fait leurs preuves –et un postulant atypique mais plein d’enthousiasme et d’idées nouvelles, il faut un certain courage pour oser le second. Le risque se calcule par rapport à l’avenir : le premier candidat est parfaitement adaptéà la situation actuelle, le second à une situation virtuelle, qui n’existe pas encore.
Quatrième caractéristique
la confiance en soi donne du sens à l’action Les individus et les équipes ont le nez sur le guidon. Ils ont besoin que leur manager situe périodiquement leur contribution dans le mouvement de l’entreprise. Par exemple, la sélection des « Hi Po » (Hauts potentiels) se fait pour une part sur le critère hauteur de vue qui consiste justement à être capable d’un va-et-vient continu entre le travail de chacun et l’orientation que prend l’ensemble à travers la production des équipes. Cela va de pair avec la capacité à anticiper, à avoir au moins un coup d’avance, à analyser l’action quotidienne en fonction d’un point virtuel situé dans l’avenir.
Cinquième caractéristique : la confiance en soi découle de l’application d’une stratégie de la compétence
La confiance en soi consiste à identifier précisément les domaines où l’on excelle. Contrairement à ce qui se dit parfois, un responsable ne doit pas être moyen en tout. Il a besoin d’être visible et de montrer des points forts qui rassurent et qui fédèrent. A contrario, on pense à ces responsables un peu effacés, mais très utiles parce qu’ils passent leur temps à faire de la maintenance, à serrer les boulons, à mettre de l’huile dans les rouages, mais qui n’ont pas la présence suffisante pour apparaître comme d’authentiques leaders. Il leur manque une certaine autoritéà laquelle on se réfère ; il leur manque une certaine visibilité qui permet de reconnaître d’emblée leur marque dans l’action.
